Le bien-être équin n’est pas une destination, mais un processus
Partager
⏱ Temps de lecture : environ 6 minutes
Introduction
Récemment, j’ai partagé une réflexion sur mes réseaux sociaux à propos de mes croyances dans le monde équestre, avant et maintenant. En prenant le temps de mettre ces mots-là par écrit, j’ai réalisé à quel point ma vision avait évolué au fil des années, même si, au quotidien, cette évolution ne m’apparaît pas toujours aussi clairement.
Avec le recul, il devient évident que ces changements ne se sont pas faits de manière soudaine. Mes croyances se sont transformées progressivement, au fil de l’expérience, des situations vécues et d’une compréhension de plus en plus fine des besoins du cheval. Ce n’est qu’en regardant en arrière, parfois sur quinze ou vingt ans, que l’on mesure réellement l’ampleur du chemin parcouru.
C’est cette idée que j’ai eu envie d’explorer ici : celle que le bien-être équin n’est pas une destination à atteindre, mais un processus en constante évolution. Un processus fait de remises en question, d’ajustements et de choix conscients, souvent imparfaits, mais réfléchis.
Des croyances qui évoluent avec le temps
Aujourd’hui, en regardant le chemin parcouru, je constate que mon évolution personnelle ne s’est pas faite en vase clos. Le monde des chevaux a lui aussi évolué au fil des années, mais cette évolution ne se fait ni partout, ni au même rythme. Aujourd’hui encore, lorsque le cheval résiste ou ne répond pas comme on l’espérait, plusieurs ont recours à des enrênements ou à différents moyens de contrôle afin de le faire « écouter ». Ces pratiques ne sont pas nécessairement mal intentionnées ; elles s’inscrivent souvent dans des habitudes, des cultures d’écurie ou des traditions propres à certaines disciplines.
Avec le temps, l’expérience et une compréhension plus fine des besoins du cheval, ce regard peut toutefois changer. Non pas de façon soudaine, mais progressivement, au fil des remises en question. Certaines pratiques autrefois perçues comme normales deviennent alors plus difficiles à justifier. On passe peu à peu d’une logique de contrôle et de performance à une réflexion plus large, centrée sur le confort, la communication et la relation.
Une situation imparfaite, mais réfléchie
Je vais donner mon propre exemple pour illustrer ce que j’essaie d’exprimer ici. On peut facilement imaginer un environnement idéal pour un cheval : vie en groupe, liberté de mouvement, conditions météorologiques favorables, terrain adapté, alimentation parfaitement ajustée. Sur papier, ces modèles font rêver et constituent souvent une référence.
Dans la réalité, les choix sont rarement aussi simples. Ma jument a tendance à prendre du poids, ce qui n’est pas souhaitable pour ses douleurs, notamment au niveau des pieds. Cette réalité est d’autant plus importante à considérer qu’en raison de ses problématiques physiques, elle ne peut ni travailler ni compenser par davantage de mouvement. Théoriquement, il serait possible de chercher un endroit où l’alimentation serait plus strictement contrôlée. Mais ce changement impliquerait aussi d’autres conséquences : un déménagement, une rupture avec son troupeau actuel, le stress du transport, l’adaptation à un nouvel environnement, des coûts potentiellement plus élevés, une distance plus grande de chez moi et, par le fait même, une présence moins fréquente de ma part.
À cela s’ajoute un élément tout aussi déterminant : la confiance envers les personnes qui prennent soin de ma jument au quotidien. Cette stabilité, cette connaissance fine de ses besoins et cette continuité dans les soins font pleinement partie de son bien-être.
Dans ce contexte, ne pas changer n’est pas une absence de décision. C’est un choix réfléchi, fondé sur une balance entre les bénéfices et les impacts potentiels. Un choix imparfait, certes, mais pris en conscience, avec l’intention de continuer à ajuster ce qui peut l’être, sans compromettre ce qui contribue déjà à son équilibre.
Le bien-être comme optimisation réaliste
Le bien-être équin est souvent présenté comme un idéal à atteindre, comme s’il existait une configuration parfaite valable pour tous les chevaux et tous les propriétaires. Or, dans la réalité, il s’agit beaucoup plus d’une optimisation réaliste que d’un absolu.
Les contraintes financières, logistiques et humaines font partie intégrante des décisions. Et bien souvent, ce sont les priorités qui orientent ces choix. Dans mon cas, ces priorités ont évolué avec le temps. Autrefois, une grande partie de mon énergie et de mes ressources étaient consacrées à la pratique équestre elle-même, à la progression, aux cliniques, aux compétitions. Aujourd’hui, mes choix s’articulent davantage autour du bien-être global du cheval, comme base nécessaire pour vivre de bons moments ensemble.
Cette évolution m’appartient. Elle n’est ni universelle ni souhaitable pour tous. Chaque personne, chaque contexte, chaque discipline implique une hiérarchisation différente des ressources disponibles. Le bien-être ne peut donc pas être pensé comme un idéal figé, mais comme une recherche d’équilibre, ajustée à une réalité donnée.
La question centrale devient alors moins normative et plus réflexive : est-ce que je fais de mon mieux avec ce que j’ai aujourd’hui, en tenant compte des besoins réels de mon cheval et de mes propres contraintes? Si la réponse est oui, alors il devient possible d’avancer sans se comparer ni se culpabiliser.
Le bien-être comme processus évolutif
Penser le bien-être équin comme un processus permet aussi de changer notre rapport à la culpabilité. Beaucoup de propriétaires sont conscients que les conditions de vie de leur cheval ne sont pas parfaites et cette conscience peut parfois devenir lourde à porter. L’écart entre l’idéal et la réalité peut créer un sentiment constant de ne jamais en faire assez.
Or, si l’on a pris le temps de se poser la question essentielle, celle de savoir si l’on a pris les meilleures décisions possibles avec les ressources et les informations dont on dispose actuellement, et que la réponse est oui, alors il devient possible de relâcher une partie de cette culpabilité. Non pas pour se déresponsabiliser, mais pour avancer plus sereinement.
Considérer le bien-être comme un processus, c’est accepter qu’il n’y ait pas de finalité fixe. Les conditions évoluent, les chevaux changent, les connaissances s’approfondissent et les opportunités apparaissent parfois avec le temps. Ce qui est pertinent aujourd’hui pourra être ajusté demain, non pas parce que la situation actuelle serait un échec, mais parce que le contexte aura évolué.
Faire confiance au processus, c’est aussi rester dans une posture d’attention continue. Observer, réévaluer, ajuster lorsque c’est possible. C’est cette intention constante d’amélioration, même progressive et imparfaite, qui donne tout son sens à la notion de bien-être.
Conclusion
Le bien-être équin n’est pas une finalité à atteindre, mais un processus constant. Il se construit dans le temps, à travers des choix conscients, ajustés à une réalité donnée.
L’essentiel n’est peut-être pas de viser des conditions parfaites, mais de garder cette réflexion ouverte, avec l’intention d’évoluer et d’améliorer ce qui peut l’être, lorsque les circonstances le permettent.
Sarah Pierard
Fondatrice de ChevalEssence, passionnée par les chevaux et engagée pour leur bien-être.